Voivod

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Voivod

Origine Canada (Québec)
Activité 1982 à aujourd'hui
Genre(s) Thrash Metal
Metal Progressif
Label(s) The End Records
Site officiel http://www.voivod.net

Derniers membres en date Denis Bélanger (Snake)
Michel Langevin (Away)
Jason Newsted (Jasonic)
Jean-Yves Thériault (Blacky)
Dan Mongrain



Groupe de Thrash Metal canadien fondé à Jonquière (Québec) en 1982.

Voivod est un groupe de metal assez conceptuel, réputé pour ses compositions alambiquées proches du Rock Progressif, teintés de thèmes de science-fiction et d'heroic fantasy.



Sommaire

Introduction

« Nul n’est prophète en son pays », et Voïvod restera longtemps le secret le mieux gardé au Québec. Ce groupe-culte parviendra néanmoins à s’imposer comme l’une des entités créatrices les plus marquantes du rock mondial des vingt dernières années, s’attirant le respect et l’admiration de ses pairs – il recevra l’accolade de groupes aussi prestigieux que Pantera, Anthrax et Megadeth, en plus de tourner avec Soundgarden, Faith No More, Sepultura, Iron Maiden, Celtic Frost et bien d’autres. En 2002, le bassiste Jason Newsted quittera même Metallica pour intégrer Voïvod, annonçant qu’il se « dissocie du plus grand groupe metal de l’histoire pour [se] joindre au groupe le plus cool de la planète ».

Au Québec, d’excellentes formations comme Grimskunk, B.A.R.F., Anonymus, Obliveon, Overbass et les éphémères TSPC s’en sont aussi largement inspirées.

Bien qu’il n’ait jamais obtenu la reconnaissance du grand public à laquelle il pouvait légitimement prétendre, Voïvod a pu exercer une influence profonde et durable qui déborde les frontières du metal grâce, surtout, au jeu toujours inventif de son guitariste et principal compositeur, le génial – et infiniment regretté – Denis « Piggy » D’amour.

Biographie

Jonquière est une coquette petite ville de province située à deux pas de Chicoutimi, au cœur de la très belle région du Saguenay, au nord-est de Montréal, où vit une population tenace, dynamique, inventive, courageuse, accueillante, et farouchement nationaliste et francophone. C’est là qu’en 1982, quatre amis d’enfance – le guitariste Denis « Piggy » D’amour, le batteur Michel « Away » Langevin, le chanteur Denis « Snake » Bélanger et le bassiste Jean-Yves « Blacky » Thériault – fondent Voïvod, un groupe de metal appelé à un glorieux destin, même si celui-ci s’accomplira essentiellement dans l’ombre (dans la sphère de ce qu’on appelle alors la musique alternative, et qui ouvrira la voie à l’indie rock d’aujourd’hui).

Admirateurs de Motörhead, Venom, Raven, mais aussi grands amateurs de punk, de rock garage et même, plus étonnamment, de rock progressif (ils offriront de brillantes relectures de pièces de Pink Floyd et de King Crimson), les jeunes musiciens ne tardent pas à être remarqués par l’étiquette américaine Metal Blade, qui inclut leur pièce « Condemned to the Gallows » dans la compilation Metal Massacre V et qui publiera leur premier album.

War and Pain (Metal Blade, 1984) et Rrröööaaarrr (Noise, 1986), les deux premiers opus de Voïvod, sont des disques de pur thrash metal – tirant sur le speed façon Motörhead – qui les inscrit d’emblée parmi les pionniers de ce genre alors naissant. On y décèle déjà, cependant, les premières esquisses de ces progressions d’accords complexes qui vaudront plus tard à Piggy d’être surnommé « le Robert Fripp du metal ». Et surtout, l’univers de Voïvod s’y met en place de façon très nette, délimitant les cadres dans lesquels le groupe évoluera tout au long de sa carrière.

Plus féru de science-fiction que de paillardises ou encore de gore et autres diableries, qui constituent les poncifs du genre à l’époque, Voïvod est accueilli comme une bouffée d’air frais par les fans de metal les plus avisés. Le groupe se démarque de bien des façons – à commencer par son nom, qui est aussi celui du personnage central de son œuvre : le Voïvod, créature vampirique qui lutte pour sa survie dans un monde post-nucléaire. Ce dernier reviendra dans presque tous les albums du groupe, leur conférant une unité, une cohérence sans autre exemple connu. Brillant batteur, Away est aussi un formidable illustrateur qui créera toutes les pochettes des disques de Voïvod, donnant au groupe une identité visuelle très forte; on lui doit aussi l’invention du personnage à la source de cet incroyable édifice graphique, musical et littéraire.

Le chanteur Snake s’y révèle un parolier plein de ressources, sensible et incisif. Sa parfaite maîtrise de la langue anglaise a de quoi étonner, chez un jeune homme qui a grandi dans l’une des régions les plus unilingues francophones du Québec. Elle ouvrira au groupe les portes de la planète metal, où l’on ne conçoit pas s’exprimer dans une autre langue que celle d’Ozzy, mais nuira sans doute aussi, jusqu’à un certain point, à sa popularité dans sa province d’origine où l’on panse difficilement, alors, les plaies du référendum perdu de 1980 sur l’indépendance nationale. (Il faut savoir que les francophones sont majoritaires au Québec mais minoritaires au Canada – situation explosive, comme le comprendront aisément les lecteurs suisses et belges. Le simple fait, pour un Québécois francophone, de chanter ou d’écrire en anglais était souvent perçu, à cette époque de morosité post-référendaire, comme une trahison.)

Les génies créatifs combinés d’Away et de Snake avaient déjà de quoi produire un groupe de metal hors du commun; mais c’est le jeu hallucinant de Piggy, l’un des grands guitaristes de sa génération, qui allait faire entrer Voïvod dans la légende. À la parution du troisième album du groupe, Killing Technology (Noise, 1987), enregistré à Berlin, que beaucoup considèrent encore comme son chef-d’œuvre, il est clair qu’on a affaire à un musicien de première grandeur, inventeur d’un nouveau genre de metal progressif qu’on baptisera techno thrash et qui ne fera que s’affiner par la suite. (Soulignons que le terme techno thrash n’a aucun rapport avec la musique techno, mais tout à voir avec les rythmes complexes de Blacky et d’Away et, surtout, le jeu suprêmement inventif, précis et raffiné de Piggy.) Au thrash metal pur et dur des débuts se juxtaposent maintenant le rock progressif des meilleurs Pink Floyd, King Crimson, Faust et Van Der Graaf Generator, et le rock d’avant-garde de groupes alternatifs déjantés comme Killing Joke, Bauhaus ou The Fall, pour produire une fusion unique en son genre.

Après la publication de ce premier classique, tous les yeux sont tournés vers Voïvod, qui ne décevra pas avec les excellents Dimension Hätross (Noise, 1988) et Nothingface (MCA, 1989), dans lesquels il approfondit l’expérience de fusion amorcée avec Killing Technology. Paradoxalement, c’est une chanson de Syd Barrett qui figure sur Nothingface, « Astronomy Domine », qui donnera à Voïvod son premier – et plus grand – succès public. Néanmoins, les critiques les plus éclairés, les musiciens et les spécialistes du genre ne s’y trompent pas : Denis « Piggy » D’amour est un musicien fabuleux, de ceux qui peuvent prétendre à l’immortalité. N’est-il pas l’inventeur d’un célèbre accord de guitare qui porte son nom? N’a-t-il pas été sacré « meilleur guitariste metal au monde » par la prestigieuse revue Guitar World? Esprit curieux de tout, constamment en quête de nouveaux sons, il a pris l’habitude, qui ne le quittera plus, de modifier lui-même ses instruments, ses pédales et autres bidules électroniques pour en améliorer les performances – et les résultats sont plus que probants.

Cependant, le succès – surtout d’estime, il faut bien le dire – que génère la parution de cette trilogie techno thrash entraîne aussi des tensions qui précipiteront le départ de Blacky, le bassiste, peu après le lancement du déroutant Angel Rat (MCA, 1991), un disque d’inspiration pop et psychédélique qui n’est pas sans intérêt, loin s’en faut, mais qui décevra les fans de la première heure sans pour autant séduire le plus large public auquel il était manifestement destiné. Écoeuré par la mévente des disques du groupe et l’indifférence des médias, Jean-Yves « Blacky » Thériault quitte le navire et part s’établir sur la côte ouest, où il composera notamment des musiques de scène pour The Holy Body Tattoo, célèbre compagnie de danse contemporaine de Vancouver.

Loin de se laisser démonter, les trois membres restants recrutent alors un bassiste de session, Pierre St Jean, avec qui ils enregistrent le brillant The Outer Limits (MCA, 1993), sans doute l’album le plus franchement progressif de la discographie de Voïvod, lequel inclut une autre reprise de Pink Floyd, « The Nile Song », et « Jack Luminous », remarquable suite de plus de dix-sept minutes que n’aurait pas reniée King Crimson – ou même le Genesis de la grande époque avec Peter Gabriel.

Néanmoins, l’insuccès chronique qui afflige le groupe – même si la critique, quand elle daigne se manifester, est généralement élogieuse – amènera un autre membre fondateur, le chanteur et parolier Denis « Snake » Bélanger, à lancer la serviette à son tour. Sans bassiste ni chanteur, désormais réduit à l’état de duo – et largué, de surcroît, par la multinationale MCA qui l’avait recruté à l’époque de son chef-d’œuvre Nothingface – Voïvod accuse durement le coup.

Mais le Voïvod est une créature apparemment indestructible qui, tel le phénix, renaît toujours de ses cendres. Away et Piggy convainquent le Montréalais Éric Forrest, ancien bassiste et chanteur du groupe Liquid Indian (entre autres), de se joindre à eux, amorçant ainsi, en trio, l’une des périodes les plus fascinantes du groupe. Cette formation produira deux superbes albums, Negatron (Hypnotic, 1995) et Phobos (Hypnotic, 1997), peut-être les plus riches et les plus complexes de la carrière de Voïvod. Proche du death metal, Forrest est un chanteur plus rugueux que Snake, dont il n’a pas la finesse ni la souplesse vocale; mais il compense par un surplus d’énergie et un jeu très inventif à la basse, qui s’allie à merveille à la guitare de Piggy – en plus de se montrer à la hauteur comme parolier, avec le concours du toujours brillant Away (lequel assumera de plus en plus cet aspect de la démarche créatrice de Voïvod par la suite). À ces deux joyaux succèdera Kronik (Hypnotic, 1998), intéressante compilation de remixes et de versions inédites.

Peu après la parution de Voïvod Lives (Metal Blade, 2000), un album enregistré en public, une nouvelle tuile s’abat cependant sur le groupe : au cours d’une tournée en Allemagne, Éric Forrest est victime d’un grave accident de la route et échappe de peu à la mort. Il subira une longue convalescence qui le contraindra finalement à quitter Voïvod – dans des circonstances restées nébuleuses qui susciteront une certaine controverse parmi les fans. (Forrest fondera ensuite le groupe thrash metal E-Force, établi en France et toujours actif au moment d’écrire ces lignes.)

À nouveau privés d’un bassiste et d’un chanteur, Away et Piggy accueilleront avec la joie qu’on devine le retour au micro de l’enfant prodigue, Snake, et l’arrivée de nul autre que Jason « Jasonic » Newsted, ci-devant bassiste de leurs majestés Metallica en personne. Visiblement ravi de se joindre à Voïvod, ce dernier, en homme de métier, se coule aisément dans l’univers musical des trois membres fondateurs. (Fait significatif, il sera le seul musicien, parmi ceux qui se sont greffés au groupe en cours de route, à se doter d’un surnom – Jasonic – à l’exemple des fondateurs de Voïvod.)

Le quatuor ainsi reconstitué lancera Voïvod (Chophouse, 2003), très bon album dans lequel il renoue avec la veine techno thrash des années 1980. Le disque sera généralement bien accueilli mais décevra quelque peu les fans les plus intransigeants, habitués à ce que chaque nouvel opus du groupe marque une évolution spectaculaire par rapport au précédent. Away et Piggy participeront aussi à l’improbable renaissance d’Aut’Chose, le mythique groupe proto-punk des années 1970 pionnier du rock indépendant au Québec.

Les réjouissances seront malheureusement de courte durée : le 26 août 2005, à Montréal, Denis « Piggy » D’amour succombera à un foudroyant cancer du côlon, à l’âge absurdement précoce de quarante-cinq ans. Dès le lendemain, les témoignages d’affliction et d’admiration afflueront de partout sur la planète metal et rock.

Est-ce donc la fin du Voïvod? Pas tout à fait : avant sa mort, Piggy, qui se savait condamné, a réalisé un grand nombre d’enregistrements que les survivants du groupe ont entrepris de compléter et de publier. Ces efforts ont déjà donné un premier fruit, Katorz (The End Records, 2006), un disque plus varié que le précédent, moins strictement metal, davantage marqué par le rock garage et d’avant-garde. D’autres parutions sont attendues prochainement; néanmoins, il est certain que cette veine s’épuisera tôt ou tard et l’on voit mal comment Voïvod pourrait continuer d’exister sans Piggy, qui était musicalement le cœur et l’âme de ce groupe. Quoi qu’il en soit, il est plus que probable qu’on entendra encore parler de Jasonic, Snake et Away dans le monde du metal, ensemble ou séparément.

Cas typique du groupe « pour musiciens », Voïvod s’est attiré le respect et l’admiration de ses pairs, et des franges les plus éclairées de la critique et du public, sans jamais atteindre à la notoriété ni au succès qu’il eût pourtant largement mérités. Néanmoins, ce groupe extraordinaire a conquis dans l’underground mondial un statut comparable à celui d’un Pere Ubu ou même d’un Sonic Youth, devenant ainsi le premier groupe rock québécois – et le seul à ce jour, au moins dans la sphère du metal – à jouir d’un tel rayonnement sur la scène internationale. Faisant fi des insuccès répétés, des changements de personnel et des nombreux obstacles qui se sont dressés sur sa route, il a su se réinventer sans se trahir ni s’affadir; il a maintenu le cap pendant plus de vingt ans, sans jamais sombrer dans la redite ou l’autoparodie, se distinguant par sa rigueur, son esprit visionnaire et son constant souci d’innover. Il laisse une œuvre admirable tant par sa cohérence que par sa diversité, où surnagent au moins cinq ou six albums qui peuvent à bon droit être considérés comme des classiques du genre. Le metal québécois – et même canadien – n’a jamais fait mieux, ni avant ni depuis.

Discographie

- War and Pain (Metal Blade, 1984)
- RRRÖÖÖAAARRR (Noise, 1986)
- Killing Technology (Noise, 1987)
- Dimension Hatröss (Noise, 1988)
- Nothingface (MCA, 1989)
- Angel Rat (MCA, 1991)
- Best Of (compilation, MCA, 1992)
- The Outer Limits (MCA, 1993)
- Negatron (Hypnotic, 1995)
- Phobos (Hypnotic, 1997)
- Kronik (compilation, Hypnotic, 1998)
- Voïvod Lives (enregistrement public, Metal Blade, 2000)
- Voïvod (Chophouse, 2003)
- Katorz (The End Records, 2006)

Membres

Jason Newsted est actuellement en rééducation suite à une blessure et est remplacé par :

  • Jean-Yves "Blacky" Thériault : basse

Anciens membres :

  • Denis "Piggy" D'Amour : guitare (1982-2005)
  • Eric Forrest : basse, chant (1993-2001)

Liens externes

Site Web officiel (en anglais) : www.voivod.net


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