Amebix
Un article de Wikimetal.
Amebix est un groupe anglais fondé en 1978 à Londres et qui s'est séparé en 1992. Groupe à la trajectoire particulière, et dont l'histoire pourrait constituer un bon exemple du "groupe maudit" du rock, Amebix a été le détenteur d'un style unique, particulièrement virulent (dans la musique comme dans les textes) et qui va préfigurer tout un pan du rock extrême des années 80 jusqu'à nos jours.
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Contexte
Le groupe se forme en 1978 en Angleterre. C'est une époque troublée pour le monde de la musique : la révolution punk bat son plein, mais un évènement comme la séparation des Sex Pistols en début d'année est symptomatique de la fin du mouvement "No Future".
C'est une époque de passation de pouvoir. Les grands groupes comme les Damned ou les Sex Pistols se séparent, d'autres délaissent le punk comme les Clash, tandis qu'un certain nombre exploreront des voies nouvelles comme la New Wave (Siouxsie and The Banshees, UK Decay), la Oï (Sham 69, Cockney Rejects), le Post-Rock (Killing Joke, Magazine), le Gothique (Bauhaus), ou encore le Ska (The Specials AKA, The Selecters), l'Indus (Throbbing Gristle, SPK)...
Ces changements ne sont pas du goût de tout le monde, et un certain nombre de groupe se formeront en Angleterre entre 1978 et 1979, reprenant les choses là où les Sex Pistols ou les Damned les avaient laissées. Amebix fait partie de ces groupes. Mais il n'y a pas encore un véritable déclencheur pour ces groupes souvent sans personalité propre et condamnés à jouer dans des salles miteuses.
Le coup d'envoi va venir des Etats-Unis : plus rapide, plus violent (Motörhead ou les Ramones ont déja un sacré héritage), plus cru, voici le Hardcore, qui parvient à retrouver l'énergie des débuts sans plagier "les grands frères" et qui est une réponse à la décadence Disco alors à la mode (le punk américain est encore confidentiel à de rares exceptions). Pendant cette période, c'est un festival de groupes tous plus énergiques et imaginatifs les uns que les autres qui va défiler: Bad Brains, Black Flag, Hüsker Dü, Minor Threat, SS Decontrol, Dead Kennedy's... La liste est longue.
Les punks anglais sont fascinés par cette scène et vont se la réapproprier à leur manière : si le Hardcore américain est la musique des classes moyennes (il est donc souvent "artie" et "intello"), l'avatar anglais sera plus à l'image d'une génération de prolétaires punks, brut, provocateur et simpliste.
The Exploited reste le groupe important (même s'il est aujourd'hui sujet à controverse) de ce mouvement appelé "Punk's Not Dead" justement en référence au titre marquant le début des hostilités. Un certain nombre de groupe va suivre l'exemple, les plus fameux étant sans doute GBH, Discharge (depuis passés au metal), Chaos UK, Vice Squad, Varukers... D'autres vont s'approprier l'imagerie du mouvement pour servir une autre cause: l'anarchisme.
Crass, premier groupe typiquement "anarcho-punk" va servir de guide, tandis que d'autres groupes vont se rassembler autour et suivre l'exemple, Amebix, Flux of Pink Indians, Conflict ou Poison Girls seront de ceux là. Plus tard, ce seront Napalm Death ou Extreme Noise Terror qui reprendront le flambeau...
Au même moment, un autre mouvement secoue l'Angleterre (et le monde même s'il reste typiquement anglais): la NWOBHM, autre influence dominante pour Amebix.
C'est dans ce chaos culturel que le groupe va voir le jour.
Biographie
Les frères Miller sont des punks convaincus, ils apprécient aussi bien Joy Division, Killing Joke, Dead Can Dance, Sex Pistols, Black Flag, Accept et sont particulièrement fans de Motörhead et Black Sabbath.
Avec deux copains d'école, Andy Billy Jug à la batterie et Clive à la basse, ils montent un groupe, qui se produit d'abord sous le nom "Band With No Name". Les premiers concerts sont particulièrement chaotiques : les musiciens savent à peine se servir de leurs instruments, et ils invitent un public généralement en piteux état avant même que le concert n'ait commencé à prendre un instrument et jouer en direct...
Encore au stade du groupe "rigolade", ils enregistrent six cassettes dans la chambre des Miller et qui, par une chance inouie, parvient dans les mains des membres de Crass, qui décident d'en faire figurer un morceau sur la compilation "Bullshit Detectors" sortie sur Crass Records.
Ils rencontrent alors un véritable sosie de Sid Vicious dénommé Martin et qui va immédiatement devenir leur nouveau batteur, tandis que Rob Miller, jusque là chanteur, va prendre également le poste de bassiste. Ses parents possédant un manoir à Dartmoor et profitant de leur absence de quelques temps, le groupe s'établit dedans et mène une vie faite de drogues et de musique, cette dernière commençant d'ailleurs à s'affiner, à se préciser.
"The Band With No Name" disparaît, le groupe se nomme désormais Amebix.
Hélas, Martin est forcé par ses parents de bonne famille à quitter le groupe, peu enclins à voir leur fils se dépraver. Il en souffrira énormément, sombrant dans une schizophrénie paranoïde dure, et dont le traitement médical s'avéra lourd.
Le groupe engage un certain Norman aux claviers (chose rare pour un groupe de punk extrême et qui va apporter un plus au groupe) et part s'établir à Bristol, alors que chacun est dans une situation personelle difficile.
Là-bas, ils décident de mettre en application ce qu'ils préconisent dans leurs chansons et leurs déboires vont forger le mythe : ils vivent dans un squat avec les membres du groupe Disorder (appelé à devenir culte dans le punk's not dead, John Peel les vénéraient), et dont ils fallait faire tenir la porte avec de la glue... Puis ils vadrouillent pendant 4 ans, passant d'une ruine à une autre, sans eau, sans électricité et en étant forcés de voler leur nourriture (ils refusent de mendier). Ils sont également toxicomanes et particulièrement friands d'héroïne.
Sans le savoir, ils inventent le mode de vie crusty.
Leur fierté reste malgré tout de ne jamais avoir vendus leurs instruments, comme le dit Rob Miller désormais surnommé le Baron. Ils reprennent une activité musicale plus conséquente après l'arrivée de Spider (de Disorder) à la batterie, ce qui leur permettra d'enregistrer coup sur coup les deux singles "Winter", "Who's The Enemy" et le EP "No Sanctuary", tous produits par Spiderleg Records, le label des Flux Of Pink Indians.
C'est d'ailleurs pendant l'enregistrement de ce dernier EP, qu'ils rencontrent Jello Biaffra alors échappé des Dead Kennedy's, et qui vient de fonder son label Alternative Tentacles. Intéressé par le groupe, il leur offre l'album "Generic" de Flipper, leur conseillant de s'en inspirer par la suite. Le rapprochement semble quelque peu évident: les deux groupes font partie des seuls à avoir choisis l'inverse d'une mode punk qui se veut toujours plus rapide, tous deux enregistrent des morceaux qui dépassent parfois les 10 minutes.
Le groupe reprend alors les concerts, malgré le départ de Norman, puis revient en Angleterre, où ils trouvent un nouveau claviériste, George, reprennent une autre tournée, avant de virer Virus. Ils trouvent une situation plus stable en engageant le batteur Spider qui sera leur dernier batteur.
Ils quittent Spiderleg en mauvais termes mais parviennent à rapidement trouver un contrat, avec Jello Biaffra sur Alternative Tentacles. Ils deviennent le premier groupe anglais à signer sur le label.
Ils sortent le premier de leurs deux seuls albums, "Arise!" dont le succès d'estime est inversement proportionnel à son succès commercial... Complètement révolutionnaire à sa sortie, en 1985, l'album se démarque complètement de son époque (alors tiraillé entre un hardcore vieillissant et un Thrash en plein âge d'or) : le son est sale, les guitares sont presque Drone, le chant complètement éructé et parfois atonal évoque déjà le Death Metal, tandis que leur Thrash/Punk joué au ralenti donne un cachet unique au groupe, qui a inspiré un certain nombre de groupes par la suite. Le seul groupe pouvant prétendre à un rapprochement (mais dans un style tout de même moins lent et gras) n'est autre que Celtic Frost.
Hélas, au vu de l'échec commercial impressionnant, le groupe est contraint de quitter Alternative Tentacles.
Ils signent alors chez Heavy Metal Records, et seulement 2 ans après un premier album déjà très fort, ils enchaînent avec la sortie de ce qui reste leur album le plus apprécié: le séminal "Monolith". Mieux produit, il présente le groupe sous son aspect le plus évolué et le plus riche : Amebix réussit la combinaison du punk, du post-rock, du metal, et rock progressif, pour un style décidément peu définissable.
Mais malgré leur statut de groupe déjà culte, ils ne parviennent pas à gagner de quoi subsister, et la lassitude commence à se faire sentir : ils cessent définitivement leur activité en studio cette même année.
Ils poursuivent alors une tournée en Angleterre, en Italie ou en Europe de l'Est, et donnent un dernier concert en Yougoslavie, curieusement quelques jours avant l'implosion du pays.
Le retour est dur : les membres sont dépendants des drogues, et n'ont vraisemblablement plus grand chose à perdre que leur vie, tant Amebix occupait une place importante dans leur existence. Spider, Stig et Georges fondent Zygote, qui poursuit dans la même voie, et sort un album, sans plus de succès et finissent par se séparer. Stig reprend alors une vie normale, tandis que les autres partent vers d'autres horizons.
Rob Miller, quand à lui sillonera les routes anglaises, mais après un accident dans lequel il sera blessé et perdra sa moto et le peu d'affaires lui restant, il s'établira sur l'île de Skye pour devenir forgeron d'épées et d'armes médiévales, apparemment à succès.
Ses dernières déclarations tendent à penser que le groupe pourrait bientôt se reformer.
Influence
Si le succès commercial du groupe reste quasiment nul, il fut en revanche extrêmement influent sur la génération du punk et du metal. Ils sont précurseurs de l'esprit crusty, et un certain nombre de groupes comme Deviated Instinct ou Axegrinder leur ont rendus hommage.
Leurs paroles ont également fortement influencés la scène Grindcore, et de nombreux groupes comme Napalm Death, Extreme Noise Terror ou Sore Throat se réclament d'Amebix. Leur influence sur le Post-Core ou sur le Doom est également prépondérante: Neurosis s'en sont fortement influencés notamment.
Leur influence se mesurent également à toute sorte de Tribute, reprises, hommages ou clins d'oeils (Sepultura nommera un de leur albums "Arise").
Discographie
- Demo (1979) - Auto-production
1. Amebix
2. '77 Faded Heaven
3. Rabies
4. University Challenged
5. Disco Slags
- Who's The Enemy (1982) - Spiderleg Records
1. Carnage
2. Curfew
3. Belief
4. No Gods, No Masters
- Winter (1983) - Spiderleg Records
1. Winter
2. Beginning of the End
- No Sanctuary (1983) - Spiderleg Records
1. Battery Humans
2. Control
3. Progress?
4. Sanctuary
5. The Church Is For Sinners
6. Sunshine Ward
7. Moscow Madness (No Gods Part 2)
- Arise (1985) - Alternative Tentacles Records
1. The Moor
2. Axeman
3. Fear of God
4. Largactyl
5. Drink and Be Merry
6. Spoils of Victory
7. Arise!
8. Slave
9. The Darkest Hour
- Monolith (1987) - Heavy Metal Records
1. Monolith
2. Nobody's Driving
3. The Power Remains
4. Time Bomb
5. Last Will and Testament
6. I.C.B.M.
7. Chain Reaction
8. Fallen From Grace
9. Coming Home
- The Power Remains (1993) - Skuld Releases Records
1. I.C.B.M.
2. The Power Remains
3. Chain Reaction
4. Last Will and Testament
5. Nobody's Driving
6. Fallen From Grace
7. Arise!
8. Drink and be Merry
- Make Some Fucking Noise (2003) - Alternative Tentacles Records
1. Arise!
2. Largactyl
3. Drink and be Merry
4. Fallen From Grace
5. Axeman
6. Spoils of Victory
7. I.C.B.M.
8. The Darkest Hour
Membres
- Dernier Line-up (1987-1992) :
The Baron - Basse et Chant
Stig - Guitare
Spider - Batterie
A. Droid - Clavier
- (1985-1987) :
The Baron - Basse et Chant
Stig - Guitare
Spider - Batterie
George - Synthétiseur
- (1979-1985) :
Billy Jug - Batterie
Ric Gadsby - Basse
Chris Miller (Stig) - Guitare
Rob Miller (Baron) - Chant








